Il y a dix jours, je suis allé voir Toy Story 3, et comme beaucoup, j'ai adoré, avec les yeux un peu mouillés par moment (oui, je suis un coeur sensible à mes heures).
En sortant de la salle de cinéma, une réflexion m'est venue, pas immédiatement liée aux jeux vidéo, mais quelques jours de réflexion plus tard, je me suis rendu compte qu'au contraire, c'était très lié. Du coup, comme d'habitude, soyez un peu patients, le temps que je m'explique.

Vous le savez, les adultes ont beaucoup de mal à se comporter comme le feraient des enfants de trois ans. Pour dire la chose simplement, il leur est extrêmement difficile de retrouver la personnalité joueuse et désinhibée qu'ils ont perdue sur le chemin vers l'âge adulte. Cela est encore plus vrai pour la plupart des hommes : pour eux, jouer à faire-semblant n'est rien d'autre qu'une sorte d'atteinte à leur virilité.
C'est une chose que l'on perd quand on quitte l'enfance (du moins le croyons nous tous) mais qui en réalité nous est inculquée : du coup, lorsque vous invitez ces mêmes adultes à se plonger dans une situation imaginaire, vous les verrez soit se figer de peur ou de honte, soit faire un tout petit effort tout en clignant narquoisement de l'oeil aux autres témoins "adultes", preuve qu'ils nous accordent certes une concession mais qu'attention, ils sont bien au dessus de cela.
Cela peut même aller très loin - c'est ainsi que l'on explique par exemple le mauvais niveau des Japonais dans l'apprentissage des langues étrangères : le fort concept de "face" les empêche par exemple de se ridiculiser dans une pratique orale de l'anglais, de sorte que la langue anglaise est apprise au Japon comme l'est une langue morte en France. Soit, les choses s'améliorent actuellement au Japon mais c'était vraiment comme ça au siècle dernier (le XXème, hein, pas le XIXème).

Et c'est ainsi pour beaucoup de choses : la bande dessinée, le jeu de rôle, les jeux de plateau, et évidemment le jeu vidéo... Souvenez-vous de la peur du ridicule qui enveloppait constamment la Wii à son lancement. Tout cela, c'est pour les *gamins*. Un adulte, monsieur, ça ne joue pas, ça doit passer sa vie à trimer au boulot, à passer ses soirées à s'abrutir devant la télé et passer ses étés à siroter un ricard au bord de la piscine du camping. Comme ça, l'existence passe plus lentement, c'est mieux. C'est ça, être adulte.
Et c'est donc vivre de façon complètement inhibée.
De fait, ce fort carcan de l'inhibition constitue l'une des composantes reines du comportement adulte, du moins, le comportement que l'on attend socialement et culturellement.
Malheureusement, l'inhibition tue : elle tue l'imagination, la spontanéité, le rire, la créativité. Elle nous inspire un sentiment de honte et de culpabilité à chaque fois que nous osons nous laisser aller de temps en temps. Or, une société sans exhutoire risque l'implosion, d'où quelques "soupapes" de sécurité socialement admises.
Lorsque des adultes, des vrais, veulent s'amuser et se désinhiber, soit ils jouent au golf chaque dimanche, soit ils boivent beaucoup d'alcool d'un coup et s'étonnent ensuite des conséquences (comment ça le nombre d'accidents de la route a augmenté cette année ? Quoi, tu veux dire qu'il était tellement bourré qu'il ne se souvient même pas avec qui il a couché ? La pauvre, elle était tellement torchée, pas étonnant qu'elle se soit fait violer ! Et j'en passe...)
Quand je réfléchis à présent à la raison pour laquelle j'aime les jeux vidéo, je me rends compte finalement qu'ils nous permettent de passer outre cette barrière psychologique que nous avons appris à nous imposer. Les jeux vidéos, et encore plus ceux qui s'appuient fortement sur des composants de type narration, jeu de rôle ou performance d'acteur, ont dès lors un effet libérateur sur cette inhibition : en nous procurant un cadre et un espace délimité où se laisser aller au jeu est "autorisé", ils nous permettent alors de nous amuser librement, sans avoir à culpabiliser.
De fait, avoir un espace imaginaire propre à soi est vital à l'être humain, l'esprit ayant besoin d'un exhutoire pour se conserver et relâcher la pression (faut dire, vivre dans un état de pression permanent a tendance à vous faire rapidement sombrer dans une psychopathologie traumatique quelconque : demandez donc aux victimes de guerre...).

Et dans ce cadre, le cinéma lui-aussi est un échappatoire. Les lumières qui s'éteignent fournissent un environnement temporairement isolé, où malgré la proximité physique avec les autres, on peut savourer tranquillement son film. C'est un lieu magique où même le papa bien sérieux peut se permettre de verser une larme en regardant Toy Story 3, la sécher rapidement pendant le générique de fin et voilà, ni vu ni connu (du moins, c'est ce qu'il croit).
Les jeux vidéo partagent cette magie. Ils vont même plus loin en offrant une plus grande intimité. regardez des adultes jouer : les jeux vidéo parviennent à leur insuffler une spontanéité ludique dont on n'a l'habitude que chez les jeunes enfants, comme la petite Bonnie de Toy Story 3. Les enfants en train de jouer de la même manière avec leurs jouets sont littéralement plongés dans leur imaginaire, leur esprit entièrement concentré et complètement isolé du monde extérieur : ils donnent aux objets un sens et une valeur qui va bien au de-là de leur valeur intrinsèque - un drap devient une cape, un empilement de coussins devient une montagne, un poivrier devient un médicament.
Et de la même manière, cet amas de pixels que je vois à l'écran est un courageux héros du nom de Link, pour moi c'est une évidence. Et ainsi de suite pour le reste des jeux vidéo. De fait, nous pouvons tous y croire, tout comme un enfant joue avec sa petite voiture et s'imagine pilote de course.
Les jeux vidéos restent donc ce qu'ils ont toujours été : des *jeux*, avec toute la magie que cela implique.

Je souhaite que les jeux ne cessent jamais d'éveiller nos imaginations. Je suis prêt à aller partout où ils voudront m'emmener : puissent-ils, encore longtemps, nous plonger dans de nouveaux jardins secrets, et libérer l'enfant qui est toujours là, quelque part, en nous.



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