Les jeux me sont une perpétuelle source d'émerveillement. Ils sont comme les films, les romans, la peinture : ce sont des oeuvres pleine d'élan vers le futur, elles veulent être mémorables. Un jeu veut qu'on se souvienne de lui.
C'est du moins ce que je me dis, dans mon propre élan anthropomorphique.
Cependant, je mentirais en disant qu'une bonne partie des oeuvres sur chacun de ces supports cherche réellement l'immortalité. Quand cela arrive, cela ressemble plutôt à un vulgaire accident. C'est ce que je me suis dit en considérant cette édition 2011 de l'E3.

Il faut une énorme quantité d'intuition pour deviner ce que les gens achèteront dans quelques années. En êtes-vous capable ? Pas moi. Et pourtant j'ai regardé tous les épisodes de Lost (pour ce que ça m'a apporté...). Il y a plusieurs années, presque une décennie, Nintendo est parvenu à deviner l'existence d'un public prêt à acheter une console centrée sur le casual gaming. Wii Sports, Super Smash Bros, etc. Des choses dont finalement, les gens comme vous et moi finissent par se lasser.
Microsoft, de son côté, a deviné qu'il fallait mettre l'accent sur la connectivité en ligne tout en limitant le nombre de jeux japonais sur leur console. On notera aussi que le genre même des shooters sur console doit son essort même aux fondements posés par la Xbox puis la Xbox 360.
Sony, quant à lui, a certainement fait le plus grand pari et l'a, contre toute attente, gagné : ils ont carrément inventé un nouveau format de média, le Blue-Ray. Ils ont aussi inventé le processeur Core et ont décidé qu'une large gamme de contenu dans une console HD et connecté était le futur.
Je laisse beaucoup de détails historiques de côté - je laisserai ce soin aux livres d'histoire. Pour résumer, chacun des trois constructeurs a réussi et échoué, à différents degrés, et tout cela dans le cadre d'une course à la surenchère qui aujourd'hui s'essouffle.
Vous voyez, les choses ne sont plus aussi simple qu'à l'époque de la Megadrive et de la Super Nintendo. A l'époque, vous pouviez simplement augmenter la ram et la puissance graphique de votre nouvelle console pour vous concentrer uniquement sur la quantité de jeux disponibles dessus, ainsi que sur leur qualité, pour dire les choses simplement. Le problème est qu'aujourd'hui, la progression de la qualité graphique a ralenti, du fait de l'uncanny valley ("vallée dérangeante, dont je vous parlais dans un précédent article). Et du coup, voilà qu'on se met à télécharger Tetris sur nos PS3.

Dans le cadre actuel, il devient de plus en plus coûteux de deviner ce que sera le futur et prendre des risques de nos jours peut signifier perdre beaucoup d'argent (parlez-en à Toshiba et son format HD DVD). Est-ce toujours le cas ? Après tout, la Wii a été présentée il y a sept ans déjà comme la nouvelle coqueluche du jeu vidéo : tout le monde a bien ri au début, jusqu'à ce qu'on constate que la petite console se vendait extrêmement bien. Par millions. En fait, ce fut la console la moins chère mais dotée du plus gros budget marketing qui "gagna".
On nous raconta à l'époque que ceci, la Wii, était le futur. Même la compétition et les développeurs en général embarquèrent dans le train du motion control. Et voilà qu'à présent, la situation s'est bloquée. Nintendo s'est rendu compte de l'erreur cruciale consistant à délaisser le public hardcore. Microsoft et Sony eux cherchent encore comment récupérer le public casuel tout en maintenant leur base hardcore.
Aussi amusant (et ironique) que cela puisse paraître, voilà que l'E3 de cette année montre une sorte de convergence de tous les constructeurs avec le retour annoncé de Nintendo sur la scène hardcore. Très bientôt, tout le monde aura du motion control et tout le monde aura du hardcore. Peut-être reviendrons nous à la situation de l'ère 16 bits ?
Les affaires, d'abord les affaires
Comme j'ai pu le faire l'an dernier, voici donc mes réactions diverses et variées face à l'E3 2011. Après tout, je suis là pour parler de jeux, alors allons-y.
L'une des premières choses que j'ai remarquée en regardant ces conférences de presse, c'est qu'aucun des éditeurs/constructeurs n'a vraiment cherché à vous montrer ses jeux, à vous l'acheteur final.
En fait, les choses marchent différemment. Une semaine avant l'E3, une sélection de journalistes est invitée par les éditeurs/constructeurs à voir les nouveaux jeux et consoles qui seront révélés par la suite au cours du salon. Les journalistes écrivent donc leurs articles et ces derniers sont publiés à la seconde (je n'exagère pas) même où le produit est annoncé officiellement.
De fait, les journalistes ne sont guère surpris par ce qui est révélé à l'E3, se contentant de faire des Oh et des Ah "comme si". Pas tous les journalistes évidemment, mais une majeure partie.
Basiquement, le processus est le suivant : les pauvres développeurs doivent prendre du temps sur leur agenda déjà ultra-chargé pour préparer et présenter une démo sur la base d'une petite partie du jeu sur lequel ils travaillent (partie qui fera ou non partie de la version finale, on n'en sait rien). Les journalistes essayent ensuite cette démo et basent leur jugement sur cette base. Du coup, on ne pourra pas dire que l'expérience du jeu sera vraiment conforme au produit final, pas vrai ?
Le problème du coup, ce sont les fuites d'information. Tout le monde savait que la PSVita était en cours de construction. Les spécifications de la nouvelle console de Nintendo sont connues depuis des mois. Et si vous vous demandiez si votre blockbuster du moment allait avoir une suite, franchement vous ne lisez pas les bons forums.
Quand vous regardez le public qui assiste aux conférences, vous remarquerez que très peu sont réellement surpris par ce qui fut présenté au cours de cet E3. Et la chose fut accentuée par la qualité des présentations en tant que telles : de vastes fanfares (cela dit, Nintendo a eu le chic pour nous proposer tout un orchestre symphonique cette année) complètement scriptées, à la seconde près, remplies de personnalités payées pour faire de la promo et plein de blablahs corporate. Avez-vous remarqué que très peu de véritables développeurs étaient présents sur scène ? Vive le marketing.

Désenchantement
Au final, les jeux sont resté funs. Certes, il n'y en a peut-être plus autant qu'à l'époque des 16-bits, mais c'est déjà pas mal. Après tout, l'industrie actuelle survit grâce aux quelques blockbusters qu'elle sort chaque année, permettant ensuite de financer quelques expériences innovantes par ci par là.
Au de-là de ça, j'ai trouvé cet E3 assez faible. Les shows de Sony et Microsoft étaient médiocres, avec à peine un jeu ou deux valant la peine d'être joué, sans rien de véritablement intéressant ou innovant. Nintendo a relativement réussi son affaire avec sa nouvelle console, malheureusement, cette dernière relève déjà de la vieille technologie.
Microsoft :
La tendance au "tout-kinecté" est décevante quand on y pense : Microsoft n'a fait que montrer des choses qui avaient été promises par le hardware depuis le début, rien de neuf. Le Kinect Fun Labs m'a certes impressionné, en bien. Malheureusement, cela n'est qu'un jouet, pas un véritable jeu.
Au final, les jeux montrés ne montraient guère de nouveaux modes d'utilisatios du Kinect. Où est l'inventivité dans tout ça ? Bref, je pense que c'était la moins intéressante des conférences.
Sony :
La PSVita a l'air bien sympathique, mais au de là de cela, la présentation de Sony m'a laissé peu de souvenir au de là d'Uncharted 3 et de la 3D TV. Au final ici non plus, rien de bien spécial ou de réellement accrocheur. J'ai tout de même souri face aux excuses présentées pour le fiasco du Playstation Network. Je crois bien que cet événement a définitivement terni l'image que j'avais du constructeur qui est passé de "à la pointe de la technologie" à "incompétent". Il va me falloir longtemps pour changer ma perception de la marque.
Nintendo :
Les trucs qu'a montré Nintendo n'étaient guère avancés en terme de développement, mais au moins, il y avait toujours cet effort vers l'innovation, même si c'est un peu (beaucoup ?) à côté de la plaque sur certains points. Quelques titres m'ont fait plaisir à voir toutefois, notamment le nouveau Mario 3DS, la suite de Luigi's Mansion et le nouveau Paper Mario. Mario Kart par contre n'a pas l'air de proposer quoi que ce soit de bien neuf, mais il fallait s'y attendre après une énième itération de la même formule. Autre chose regrettable : beaucoup de choses annoncées par Nintendo ne sont même pas encore en développement, alors bon...

J'espère à présent que de nouvelles annonces de jeux suivront car pour l'instant, c'est un peu la dèche. Après tout, on est encore en plein E3 alors que j'écris cettte article, donc nous aurons peut-être encore quelques surprises ?
Et voilà, au de-là de tout ça, qu'y a-t-il eu qui s'adressait vraiment aux gamers ? Après tout, à part Nintendo (pour une raison évidente), pourquoi les autres éditeurs nous ont si peu montré de jeux japonais ? L'E3 est certes un événement américain mais est-ce un signe que le marché nippon a perdu sa place de locomotive du monde du jeu vidéo ? Peut-être bien que oui, à présent.
Enfin bon, peut-être que je suis devenu trop vieux : toutes ces démos de motion control et tous ces shows prétentieux m'auraient sans doute impressionné quand j'avais 15 ans. Mais maintenant ? Je ne vois plus que des conférences maladroites où l'on ne fait que regarder des running gags. Et alors que je vieillis, ces compagnies aussi : ont-elles commencé à perdre pied avec la réalité des gamers qui font leur public ? Leur réalité n'est plus le rêve des jeux, c'est juste le business.
Quel désenchantement.
Et vous, qu'avez-vous aimé dans cet E3 ? Qu'avez-vous détesté ? Que retiendrez-vous ?



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