Il y a quelques temps, j'ai découvert ce rappeur français nommé Orelsan à travers son tube Suicide Social, et j'ai acheté et écouté son album. Et je suis devenu fan (oui, vous pouvez me huer si vous voulez).
Sur son second album, appelé 'Le Chant des Sirènes", il y a une chanson qui m'a ému presque aux larmes, appelé 'La Petite Marchande de Porte-Clés'.
La voici :
Hier, je lis sur l'un de mes blogs de jeux vidéo favoris la nouvelle atterrante de 300 ouvriers d'une usine chinoise menaçant de se suicider en masse si leurs revendications n'étaient pas entendues. L'usine en question fabrique des Xbox360 et appartient à Foxconn, un des plus gros fournisseurs mondiaux, travaillant notamment pour Microsoft, Sony et Nintendo.
Au final, les plus de 300 employés ne se sont pas jetés du toit de leur usine de Wuhan, mais ils sont parvenus à attirer l'attention sur leurs conditions de travail.
Et aujourd'hui, je suis en pleine vague de culpabilisation. Je suppose que leur usine ne doit pas être pire ou meilleure que ce que j'ai pu voir dans les documentaires sur les usines de Shenzhen. En y réfléchissant, que puis-je faire ?
Nous voulons tous des ordinateurs moins chers, des consoles, téléphones et autres gadgets à moindre prix, tandis que les grosses firmes continuent de chercher à couper leurs coûts et accroître leurs profits. Je comprends cela. Je pense aussi que, comme beaucoup de gens de la classe moyenne, je pourrais aisément faire un geste militant en faveur des droits humains, de la même façon que je donne à la Banque Alimentaire chaque année.
C'est là que survient mon conflit intérieur : aussi hypocrite que cela puisse paraître, je n'ai pas l'intention d'arrêter d'acheter des produits électroniques.
Du coup, devrais-je, moi mais aussi tous ceux qui sont conscients du coût humain derrière la fabrication de ces machines que nous adorons, me sentir coupable ?
Je ne peux m'empêcher de ressentir du remord. De jeunes ouvriers à Shenzhen perdent l'usage de leurs mains à cause du travail intensif qu'ils leur imposent dans leurs usines. Moi j'allume ma console et j'use mes doigts sur une manette.
Ma première réaction avec la prise de conscience fut de me dire : oui, nous devrions nous sentir coupables de notre soif de nouveaux gadgets technologiques. Cette soif a d'horribles conséquences humaines et environnementales dans les pays qui fabriquent nos gadgets.
Mais à présent que je me suis dit cela, quelles sont mes options ?

Je ne pense pas que le simple boycott des firmes fabriquant le moindre de nos instruments électroniques serait pour le moins efficace. Je n'ai pas envie d'entamer une campagne militante, de rejoindre un mouvemement ou même un groupe sur Facebook. Nous pourrions exiger plus d'engagement de la part d'Apple, Dell, Sony, Microsoft, Nintendo et autres, histoire de les forcer à mieux surveiller leurs lignes de production. Mais ces derniers n'ont qu'un contrôle relatif sur des usines qui ne leur appartiennent pas en propre.
Au lieu de cela, je suggère, comme à mon habitude si vous me connaissez, le pragmatisme le plus simple.
Tout d'abord, sensibiliser. Parler du sujet avec des gens dont je sais qu'ils seront réceptifs, des amis, des collègues. Et avec vous aussi, très chers lecteurs. Je pense que nous pouvons posséder des choses que des gens ont souffert à fabriquer, mais que ce n'est pas une raison pour faire comme si tout allait bien. Ce n'est pas vraiment de l'hypocrisie, étant donné que la culpabilité est collective, allant bien au de-là de ma seule position. Cette posture vaut en tout cas mieux que d'imaginer vivre dans un monde merveilleux où tous nos gadgets sont fabriqués magiquement par des robots.
Réparer. Mon père répare des télés, c'est donc une chose à laquelle je suis sensible depuis longtemps. C'est vrai, parfois, cela peut revenir plus cher de faire réparer un téléphone portable que d'en acheter un neuf. Mais combien de fois avons-nous tous céder à la tentation d'acheter quelque chose juste parce que nous la convoitions, au lieu d'en avoir vraiment besoin ? Ce téléphone que vous jetez atterirra bien quelque part, polluant peut-être un peu plus notre monde, et un autre ouvrier quelque part devra fabriquer le prochain téléphone que vous achèterez pour remplacer l'ancien.
Parler aux plus jeunes. C'est de la sensibilisation, mais à l'intention des enfants et adolescents. Tous ces enfants sont notre futurs. Il est donc important qu'ils ne se retrouvent pas prisonniers de leur matérialisme. Il est important qu'ils comprennent dans quelles conditions ces objets sont fabriqués, et cela devrait les aider à garder les pieds sur terre.
Pour finir, ne m'accusez pas d'anticapitalisme naïf : je pense sincèrement que la technologie, les ordinateurs, les jeux vidéos, tous permettent de faire avancer la société humaine. J'espère juste que les consommateurs que nous sommes parviendront à garder les choses dans leurs contextes, sans perdre de vue le facteur humain derrière elles.
Du moins, tant que les robots n'auront pas remplacé complètement l'humain dans les usines. Et si Terminator nous a bien enseigné quelque chose, c'est que lorsque cela se produira, nous aurons de bien plus gros problèmes à régler, pas vrai ?



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